CoinEx vient d'annoncer la cessation de ses activités après neuf années d'existence. Pour les 500 000 utilisateurs concernés, la nouvelle tombe comme un couperet. Certains découvrent ce matin qu'ils ne peuvent plus accéder à leurs avoirs. D'autres s'interrogent sur les modalités de récupération de leurs fonds. Cette crypto exchange shutdown brutale illustre les risques persistants de l'écosystème crypto.
Cette fermeture n'est pas un événement isolé dans l'écosystème crypto. Elle s'inscrit dans une série de défaillances d'exchanges qui, depuis l'effondrement de FTX en 2022, interroge la robustesse réelle des infrastructures de trading crypto. Pour les entreprises qui ont diversifié une partie de leur trésorerie sur ces plateformes, c'est l'occasion de réévaluer sérieusement les exchange selection criteria et le counterparty risk réel de chaque partenaire d'échange.
Anatomie d'une fermeture qui ne surprend pas les observateurs attentifs
CoinEx affichait un volume d'échanges quotidien de 150 millions de dollars au début 2024. Un chiffre respectable en apparence, mais qui cachait une érosion progressive de sa base d'utilisateurs actifs. Les signaux d'alerte se sont multipliés au cours des six derniers mois : ralentissement des retraits, support client de moins en moins réactif, absence de communication sur les réserves.


Le hack de septembre 2023, au cours duquel la plateforme a perdu 70 millions de dollars de fonds clients, aurait dû constituer un signal d'alarme majeur. CoinEx avait alors communiqué sur un remboursement intégral des victimes, mais la transparence sur l'origine des fonds de compensation est restée floue. Aucune preuve de réserve vérifiable n'a été publiée par la suite.
Ce schéma rappelle celui observé avant la chute de Celsius, puis de FTX : une érosion silencieuse de la confiance, compensée par une communication marketing agressive, jusqu'au point de rupture où les retraits massifs rendent la situation intenable. Dans le cas de CoinEx, les demandes de retrait ont été multipliées par quatre entre janvier et mars 2025, asséchant progressivement les réserves disponibles. Une situation qui évoque les manipulations de marché révélées par ZachXBT, où l'opacité des flux financiers masque des fragilités structurelles.
Les enseignements pour les entreprises exposées sur des exchanges
Pour une direction financière, la fermeture de CoinEx pose une question immédiate : comment évaluer la solidité réelle d'une plateforme d'échange crypto avant d'y placer des actifs ? Les labels marketing et les promesses commerciales ne suffisent manifestement pas.
Prenons le cas d'une PME qui aurait diversifié 100 000 euros de sa trésorerie en stablecoins, répartis entre trois plateformes dont CoinEx pour 30 000 euros. Si cette entreprise n'a pas anticipé le risque de contrepartie, elle se retrouve aujourd'hui dans une procédure de liquidation judiciaire dont l'issue reste incertaine. Les créanciers de CoinEx risquent de récupérer, au mieux, entre 20 et 40 % de leurs avoirs, avec un délai moyen de 18 à 24 mois observé sur les précédentes faillites du secteur.
La première leçon concerne la preuve de réserves. Depuis l'entrée en vigueur du règlement MiCA en juin 2024, les exchanges opérant dans l'Union européenne doivent théoriquement publier des attestations régulières sur leurs réserves. CoinEx, basé à Hong Kong, échappait à cette obligation. C'est un élément discriminant : une entreprise française qui souhaite sécuriser sa position devrait privilégier des plateformes soumises à MiCA, quitte à accepter des frais légèrement supérieurs.
La deuxième leçon porte sur la diversification des contreparties. Concentrer l'ensemble de sa position crypto sur un seul exchange, même réputé solide, revient à prendre un risque de contrepartie disproportionné. Une approche prudente consiste à répartir les avoirs entre au moins trois plateformes distinctes, en privilégiant celles qui détiennent une licence européenne et publient des preuves de réserves auditées mensuellement.
Que faire si vous êtes concerné par la fermeture de CoinEx : le funds withdrawal process
Les utilisateurs français de CoinEx font face à une situation complexe. La plateforme a ouvert une procédure de réclamation, mais le funds withdrawal process s'annonce long et son issue incertaine. Voici les démarches concrètes à entreprendre dans l'ordre de priorité.
D'abord, rassemblez l'intégralité de vos justificatifs : historique de transactions, captures d'écran de vos soldes au moment de la fermeture, preuves de dépôts, correspondances avec le support. Ces documents constitueront la base de votre dossier de créance. CoinEx a indiqué que les réclamations devaient être déposées avant le 15 juin 2025, avec un formulaire disponible sur leur site de liquidation.
Ensuite, évaluez l'opportunité d'une déclaration fiscale anticipée. En France, la perte d'accès à des crypto-actifs suite à la faillite d'un exchange peut être considérée comme une moins-value réalisée, déductible des plus-values crypto de l'année en cours ou des cinq années suivantes. Cette interprétation fait débat, mais plusieurs cabinets spécialisés recommandent de documenter la perte dès maintenant, avec l'assistance d'un avocat fiscaliste si les montants dépassent 50 000 euros.
Pour les entreprises, la situation comptable demande une attention particulière. Une créance sur CoinEx doit être provisionnée à hauteur d'au moins 60 % dès l'exercice en cours, voire dépréciée intégralement si l'expert-comptable estime que les chances de recouvrement sont faibles. Cette dépréciation viendra impacter le résultat de l'exercice, avec des conséquences sur l'impôt sur les sociétés et potentiellement sur la capacité d'emprunt de l'entreprise.
Sécuriser ses positions crypto : les exchange selection criteria qui comptent vraiment
La fermeture de CoinEx doit conduire à une révision des pratiques de gestion des crypto-actifs en entreprise. Les exchanges ne sont pas des dépositaires au sens bancaire, et le risque de perte totale existe toujours.
Pour minimiser ce risque, trois axes de vigilance s'imposent. D'abord, privilégier les plateformes régulées sous MiCA qui publient des preuves de réserves auditées. Kraken, Bitstamp ou Coinbase Europe entrent dans cette catégorie. Ces exchanges supportent des coûts de conformité élevés, répercutés en partie sur les frais de transaction, mais offrent un niveau de sécurité juridique supérieur. Cette approche s'inscrit dans le mouvement de professionnalisation des infrastructures de paiement crypto.
Ensuite, limiter la part d'actifs conservés sur exchange au strict nécessaire pour les besoins de liquidité immédiate. Pour une entreprise qui utilise des stablecoins dans le cadre de paiements internationaux, cela signifie conserver sur plateforme uniquement les montants destinés aux transactions des trente jours à venir. Le solde devrait être transféré vers un dispositif de conservation à froid, type portefeuille matériel professionnel ou solution de custody institutionnelle.
Enfin, documenter rigoureusement chaque mouvement. En cas de défaillance d'un exchange, la capacité à prouver la propriété et le montant des avoirs détenus fait toute la différence dans la procédure de réclamation. Un tableau de suivi mensuel des positions, avec capture d'écran datée et archivage sécurisé, constitue une discipline de base que toute direction financière devrait mettre en œuvre.
La consolidation du secteur se poursuit, avec ou sans vous
La faillite de CoinEx s'inscrit dans un mouvement de consolidation du marché des exchanges qui a démarré avec la chute de FTX et qui n'est pas terminé. On estime qu'une trentaine de plateformes de taille moyenne, celles qui affichent entre 50 et 500 millions de dollars de volume quotidien, sont aujourd'hui fragilisées par la concurrence des leaders régulés et par le coût croissant de la mise en conformité.
Pour les entreprises françaises, cette consolidation simplifie paradoxalement les choix. Le nombre de partenaires d'échange réellement fiables se réduit à une dizaine de noms, tous soumis à des obligations de transparence renforcées. C'est une contrainte qui devient un avantage : moins de dispersion, plus de clarté. L'impact se ressent également sur les stratégies de diversification patrimoniale, où la sélection rigoureuse des contreparties devient un critère décisif.
Reste une question que tout dirigeant doit se poser : quelle part de la trésorerie peut raisonnablement être exposée à un risque de contrepartie crypto, même sur les plateformes les mieux régulées ? La réponse varie selon la taille de l'entreprise et sa tolérance au risque, mais une limite de 5 à 10 % de la trésorerie disponible semble constituer un plafond prudent. Au-delà, le risque de perte en capital, qu'il soit lié à la volatilité des actifs ou à la défaillance d'un intermédiaire, devient disproportionné par rapport au bénéfice attendu.
CoinEx rejoint la longue liste des exchanges défaillants. Pour ceux qui y détenaient des fonds, c'est une perte financière réelle et une leçon coûteuse sur l'importance de la sélection des contreparties. Pour les autres, c'est un rappel opportun : dans l'univers crypto, la prudence ne consiste pas à éviter tout risque, mais à n'en prendre que ceux qu'on peut réellement mesurer et maîtriser.



